Suris for ever

Décidément, je vais finir par penser que le destin ne veut pas que je me sépare complètement de mes chers alpagas suri… C’est avec eux que j’ai commencé l’élevage d’alpagas il y a 10 ans (mon souhait initial était d’ailleurs de n’avoir que des suris), une force obscure semble vouloir que j’en garde dans l’élevage…

En effet depuis 3 ans que j’ai commencé à réduire fortement les suris pour me consacrer aux huacayas avec un cheptel réduit, plusieurs ventes prévues se sont trouvées annulées pour diverses raisons !… Ce mois-ci la vente de mes dernières petites jeunes a elle aussi échoué… Et toutes les demandes que j’ai eues ces derniers jours proviennent de l’étranger. Or je viens d’exporter des alpagas et je n’ai aucune envie de recommencer les 3 mois de protocole sanitaire et de galère que cela implique, avec une administration qui change d’avis en cours de route sur le protocole à suivre !

Donc il semblerait que tout m’incite à garder mes 3 dernières petites jeunes, les adorables Razzia, Satine et Souki… Je suis de plus en plus favorable à cette idée, je l’avoue, c’est un bien joli trio ! Certes cela va m’amener à rechercher un nouveau mâle, mais après tout pourquoi pas ? 🙂

Premières naissances

Comme prévu, mais avec un peu d’avance, avril amène avec lui les premiers crias de l’année…

Oh, pas comme je l’espérais : deux naissances précoces le même jour, le 7 avril, deux petits mâles, dont un cria hélas non viable pour ma pauvre Léonie 🙁

Très dur de commencer la saison ainsi, alors que la précédente s’était déjà terminée sur une naissance dramatique. Parfois être éleveur implique de très gros moments de douleur et de doutes, et nous rappelle que la nature peut parfois être cruelle et terriblement injuste, et que la loi des séries n’est pas une vue de l’esprit…

Mamie ADA en mode nounou (son occupation favorite), avec son arrière-arrière petite fille Tabatha étendue contre elle, en toute confiance, et petit Topaze à côté.

Par bonheur le petit Topaze est en super forme et grandit bien, et il a vite été rejoint par la très jolie petite Tabatha, fille de ma gentille Pitchoune. Tous deux s’adonnent à de grand moments de jeux dans les pâtures inondées de soleil, suivis par des siestes bien méritées sous la surveillance attentive de la nounou en chef des crias, mamie Ada.

Mais oserais-je parler de ces journées stressantes que le tout dernier cria né jeudi 22 avril me fait vivre ? Comment tant d’aléas peuvent-ils se produire d’affilée alors que certaines années 20 naissances peuvent se suivre sans aucun souci majeur ? J’ai du mal à encaisser, et le fait d’être seule à tout assumer sur l’élevage, bons moments comme coups durs, n’aide pas à prendre du recul. C’est pour mettre des mots dessus et exorciser ces difficiles moments que je n’hésite pas à mentionner sur ce blog les réalités de l’élevage. Beaucoup d’éleveurs (et je respecte parfaitement ce choix) ne communiquent que sur ce qui se passe bien et donnent l’impression, à les lire, de ne jamais avoir de problème, comme si mentionner des soucis pouvait nuire à leur réputation. La réalité est souvent bien plus nuancée… Bien sûr certains problèmes peuvent être liés à des négligence ou des erreurs, mais en reproduction, même chez les plus expérimentés, les aléas sont bien souvent liés à la Nature, quelles que soient les compétences des uns ou des autres …

Donc le 22 avril, j’ai eu – pour la première fois en 10 saisons d’élevage –  ce qu’on appelle un « grand prématuré », un cria né à moins de 300 jours. Une petite femelle si minuscule et fragile que j’ai cru que c’était un avorton quand elle a vu le jour. Naissance normale, en fin de matinée, mais beaucoup trop précoce. Sa mère, primipare, avait visiblement souffert de la chaleur les jours précédents : est-ce ce qui a déclenché la mise bas prématurée ? Impossible de le savoir.

J’avoue que sur le coup je n’avais guère d’espoir que la petite survive : j’ai dû la masser pour qu’elle respire, aucun tonus musculaire, toute molle, inerte. Maman Qolyma a mis plusieurs heures à délivrer le placenta, et pendant tout ce temps elle s’est désintéressée de cette chose étrange que j’avais prise en charge.

J’ai très longuement réchauffé le petit bout au sèche-cheveux, tout en restant sous la chaleur du soleil, l’ai emmitoufflée dans des polaires et bouillottes, lui ai fait quelques injections, donné du glucose et du colostrum de vache tout récemment congelé… Par bonheur elle avait un réflexe de succion, ce qui m’a permis de lui faire prendre un petit biberon de 20ml à intervalles réguliers.

Je croise les doigts, nous sommes au 3e jour et elle est toujours là. Je sais que rien n’est gagné, qu’elle peut crasher à tout moment, que le colostrum n’a peut être pas pu être assimilé par son organisme fragile et que l’absence d’immunité est une épée de Damoclès sur sa tête… hélas je n’ai pas de plasma à lui donner pour assure à coup sûr son immunité. Chez les éleveurs anglo-saxons, c’est devenu une évidence de collecter du sang, extraire et stocker du plasma en début de saison, de doser les IgG à chaque naissance difficile et de donner du plasma au cria, mais ici c’est un parcours du combattant 🙁

Mes journées, depuis 3 jours, tournent autour de ce petit bout de 3,8kg… Un cria de moins de 5kg est rarement viable. Mais je ne veux pas baisser les bras. Je veux y croire malgré tout.

Elle dors la nuit dans un bac dans la maison, avec des bouillotes, et passe ses journées au soleil, à l’abri du vent, avec un petit biberon toutes les 2h.

Maman Qolyma vient de temps en temps la voir, et semble renouer le lien avec elle depuis que la petite réussit – brièvement – à tenir sur ses fragiles pattes toutes tordues quand je la mets debout. Elle est encore incapable de se lever seule, elle se laisse tomber plutôt qu’elle ne se couche ; et bien entendu téter sa mère – s’il y a une monté de lait, ce qui n’est pas certain – est impossible (d’ailleurs elle est si petite qu’elle ne pourrait même pas atteindre correctement la mamelle) !

Nouvelle étape

Et voilà, une nouvelle étape arrive pour l’élevage KerLA, et pour le meilleur j’espère 🙂

J’ai enfin réussi à trancher pour franchir cette nouvelle étape, après de longues tergiversations et disputes avec moi-même 😉

J’adore ce que je fais, mais mes capacités de travail ont des limites qui hélas semblent se manifester de plus en plus à mesure que les années passent (je ne comprends vraiment pas pourquoi…).

ZOLA, ma belle matriarche suri

Donc la seule issue pour poursuivre sereinement, seule, mon travail autour de l’élevage, la transformation des laines et la formation, était de recalibrer l’activité : réduire la partie élevage, me donner plus de temps pour travailler la laine et aussi pour transmettre mes modestes compétences aux nouveaux amoureux de l’alpaga : cela me tient à coeur, d’une part à cause du grand n’importe quoi qui règne dans le monde de l’alpaga aujourd’hui, et d’autre part parce qu’on ne se refait pas… 25 années de prof, ça laisse des traces 😉

En ce début 2021, c’est la réduction de taille de l’élevage qui est en cours, et il a fallu commencer par la décision la plus difficile, que j’ai déjà évoquée le mois dernier : arrêter les suris pour me consacrer uniquement aux huacayas. D’ici fin avril, il ne restera comme suri sur la ferme que ma belle Zola, heureuse retraitée, et peut-être une autre femelle. Il n’y aura plus de mèches lustrées flottant au vent au milieu des galopades du soir… 🙁

Tous mes loulous suri auront donc rejoint leurs nouvelles familles avant fin avril (en Belgique, Lot-et-Garonne et Charente), et quelques huacayas vont également s’égailler à travers la France (Manche, Moselle, Charente…).

L’étape suivante se fera à l’automne, après la saison des mise-bas, il me faudra choisir les femelles qui partiront elles-aussi dans de nouvelles maisons pour poursuivre leur lignée, et quelques mâles aussi.

Mais attention, pas de tristesse dans tout ça, c’est une évolution réfléchie et logique, mes animaux ne partent pas n’importe où, je vais avoir des nouvelles 🙂 

Et moi je vais continuer, avec un cheptel plus réduit mais de qualité croissante, à travailler à l’amélioration de la fibre, mon objectif principal d’élevage. D’ailleurs (chut, on ne le dit pas encore) un nouvel étalon huacaya va arriver à KerLA dans quelques semaines pour apporter son exceptionnelle qualité…

Printemps précoce

SAÏGA explose de joie dans l’herbe nouvelle

Jamais encore je n’avais ouvert aux alpagas de nouvelles pâtures autour du 20 février : habituellement à cette date mes sols argileux sont encore des pataugeoires ! Mais cette année pas de raison de les en priver, et cette jeune herbe si tentante est excellente pour eux, c’est la meilleure de la saison !

La vie de l’élevage suit son cours en cette fin d’hiver si clémente… Les crias grandissent en beauté, les jeunes mecs travaillés par les hormones se bagarrent un peu plus souvent que d’habitude, les futures mamans s’arrondissent (premières naissances prévues dans la 2e quinzaine d’avril !).

Mon beau SANGHA part dans un élevage de suri en Belgique, après le délai sanitaire de rigueur de 3 mois.

Les stages reprennent à partir de mi-mars, et des animaux s’apprêtent à partir vers leurs nouveaux lieux de vie : des élevages en Normandie, en Charente, en Lot-et-Garonne, et même en Belgique 🙂

Des moments déchirants à prévoir, les alpagas sont si attachants que les départs sont toujours très durs à vivre. Et cette saison plus encore, puisque j’ai pris la décision, après plusieurs années de tergiversations, d’arrêter définitivement l’élevage des alpagas suri.

Ce sont pourtant mes préférés, ces élégants poilus aux longues mèches folles, mais la demande est encore trop faible sur le marché français pour n’élever qu’eux, et travailler correctement à la fois avec les suris et les huacayas implique des coûts d’élevage trop élevés, avec un trop grand nombre de reproducteurs à gérer…

Mon jeune SULTAN, tout juste 6 mois, fils de Snowmass ROYAL STARZ et de l’une de mes meilleures femelles, a toutes les cartes pour être un futur étalon remarquable.

Et hélas je commence à ressentir les excès du travail physique intense de ces 10 dernières années, sans une seule journée de repos : mon corps me dit de ralentir, et comme je ne l’écoute pas trop il vient de m’envoyer un bon coup de semonce qui m’a fait réfléchir…

Donc cela implique de faire de nouveaux choix d’élevage, pour ramener le nombre d’animaux à une échelle plus adaptée aux capacités de travail d’une personne seule et plus de première jeunesse 🙂 

Alors après l’arrêt de l’élevage de lamas en 2018, je confie maintenant à d’autres le soin de poursuivre mes bonnes lignées suri, pour me concentrer désormais sur mon groupe d’alpagas huacaya à la qualité grandissante.

 

Déjà février…

Hier nous fêtions (bien tristement) l’année nouvelle, et déjà nous voici dans un mois de février bien avancé… Où passent les jours ?

Ici à l’élevage les journées sont trop courtes pour tout faire, et les soirées sont consacrées au travail de la laine (tri, cardage, filage…). Dire que certains me demandent comment je fais pour ne pas m’ennuyer sans télé 😉  Si seulement je pouvais trouver un peu plus de temps pour lire, c’est ça qui me manque le plus.

Les crias de 2020 ont bientôt tous atteint leurs 6 mois, la plupart sont sevrés, certains sont déjà partis rejoindre leur nouvelle famille, et l’éducation des uns et des autres se fait petit à petit. C’est compliqué de tout gérer seule, mais avec l’habitude, ça le fait.

Le week-end dernier, mes jolies Rumba (19 mois) et Symphonie (8 mois) sont parties s’installer dans la Sarthe, et ma belle grise handicapée Olympe (5 ans) les a accompagnées, en placement. Ainsi les filles sont trois pour découvrir leur nouvelle vie, c’est toujours plus rassurant de former un groupe. Olympe va être chouchoutée, et elle aura des conditions de vie plus adaptées : ici elle était obligée de marcher beaucoup pour suivre le groupe, et c’était très dur pour ses pauvres articulations, surtout dans les pâtures détrempées de l’hiver.

Meilleurs voeux pour 2021

Meilleurs voeux pour une heureuse année 2021, un horizon qui s’éclaire, et autant de bonheur que possible.

Puisse l’année 2020, en s’éclipsant, emporter avec elle le cortège de coups durs et traumatismes en tous genre qui ont déferlé sur nous cette année, à tous les niveaux 🙁

Filage hivernal

Avec les jours qui raccourcissent revient l’opportunité de consacrer des soirées entières au travail de la fibre de mes chers alpagas 🙂

Tri des toisons…

 

Cardage de nappes unies ou en mélange…

 

Filage au rouet, réalisations de brins variés, retors :

Mise en écheveau, lavage, séchage et mise en pelote pour l’utilisation :

Tricotage (un peu, de petits articles, car hélas le temps me manque…) :

Travail en cours : un snood bien chaud…

 

 

Adieu Maldoone

C’est toujours terriblement difficile de perdre un animal, et hélas en élevage, avec le grand nombre d’animaux présents, nous sommes inéluctablement confrontés à ces moments.

Samedi dernier, c’est mon vieux Lightfoot Maldoone, 18 ans, qui a tiré sa révérence. Ce fier mâle gris à la robe rare a été le pilier de mes débuts en élevage. Son départ, c’est une page qui se tourne…

Bien que ne « travaillant » plus depuis 2017, il était resté en super forme, jusqu’à cette saison 2020 où la canicule lui a donné un coup de vieux. Il avait maigri depuis l’été… Et puis ces derniers jours il s’est de plus en plus isolé du groupe, mangeant et buvant de moins en moins, passant ses journées couché, bien droit, calme, zen, le regard droit devant lui. Il ne se levait que pour changer de temps en temps de place, histoire de faire une dernière fois le tour de ce territoire qui était le sien. Il se préparait.

Et pour mourir il est allé se coucher, dans la nuit, à un endroit du parc que j’avais ouvert peu de temps auparavant et où jamais il n’était allé. Étrange.

Aucun des autres mâles du groupe n’a jamais contesté sa suprématie sur le territoire, malgré son âge : ces dernières années, je les voyais souvent se battre entre eux, mais jamais Maldoone n’était impliqué dans les bagarres, et pourtant il lui suffisait de s’approcher d’une mangeoire pour que les autres s’écartent, il se faisait respecter juste en élevant la tête !…

Samedi, ses 8 copains étaient perdus, comme moi. C’est en les voyant le matin, collés les uns contre les autres, près de la barrière, que j’ai compris. Ils m’ont suivie pas à pas à travers le champ à la recherche du corps de Maldoone, dans le brouillard, et quand je l’ai trouvé dans ce petit paddock annexe, tous sont restés respectueusement à distance, sans bouger.Mon Maldoone, je t’avais promis que tu finirais ta vie ici, j’espère qu’elle a été heureuse. Tu m’as laissé plein de descendants avec ta jolie couleur et tu leur as transmis la finesse si durable de ta fibre. Merci mon grand bonhomme.
💔💔💔

En cette année 2020 qui restera de triste mémoire, ce sont donc trois de mes « vieux » qui m’ont quittée : Maldoone, et avant lui mes deux gentilles femelles Darling, 14 ans, et Patience, 13 ans, toutes deux victimes de mise-bas dramatiques.

2020 est vraiment une année noire 🙁

Le dilemme de l’éleveur

J’ai rêvé d’avoir une ferme et un élevage depuis ma plus tendre enfance (mes rêves tournaient autour des chevaux, à l’époque). J’ai eu des chevaux de loisir toute ma vie, mais je ne me suis jamais lancée dans leur élevage, parce que l’idée qu’un poulain né chez moi puisse finir un jour à l’abattoir me paralysait. Et cette idée m’empêchait aussi d’élever tout autre animal de ferme. Jusqu’à ma rencontre avec les petits camélidés, animaux de compagnie non listés dans les espèces consommables en France. Du moins pour le moment, car hélas trop d’éleveurs sont favorables à cette éventualité 🙁

Petit aparté : écrire cela ne m’empêche pas de respecter les éleveurs qui produisent des animaux de consommation, attention : même si je suis végétarienne je conçois parfaitement la nécessité d’une alimentation carnée, mais je n’accepte entre autres pas l’idée que l’alpaga, arrivé chez nous comme animal de compagnie, devienne un animal de consommation. Bien sûr beaucoup diront que dans les Andes il l’est, donc que ce serait normal de les manger chez nous aussi… Les chiens et chats se mangent en Asie, trouverait-on normal de se mettre à les manger chez nous pour cette seule raison ?

Mais être éleveur implique forcément qu’à un moment ou à un autre il faut vendre une partie au moins de ces animaux qu’on a fait naître… Savoir que mes alpagas ne finiront pas dans l’assiette est rassurant, mais hélas avec l’engouement croissant pour les alpagas, de plus en plus de personnes veulent en acquérir sans s’informer correctement sur leurs spécificités et leurs besoins, ou ne tiennent pas compte des conseils, et font le malheur des animaux par leur incompétence et/ou leur bêtise 🙁

On subit actuellement une vague d’alpagas vivant entièrement seuls, ou seuls avec d’autres espèces animales qui ne satisfont pas leurs besoins grégaires, ou en couple mâle/femelle (une hérésie dans le fonctionnement social de l’alpaga et compte tenu de ses particularités de reproduction)… Maquignons et particuliers inconscients, mais aussi éleveurs sans éthique produisent et vendent à petit prix des animaux dont ils n’assurent absolument pas le suivi et se lavent les mains, les condamnant parfois à une vie de misère et à des soucis de santé gravissimes… Les appels à l’aide sont fréquents pour des animaux imprégnés, stressés, parasités… C’est révoltant et inacceptable.

Car être éleveur de ces merveilleux animaux, c’est aussi avoir une éthique solide. Notre travail ne s’arrête pas à apporter les meilleures conditions d’élevage possibles (sélection, soins attentifs, alimentation adaptée, liberté de mouvements, suivi véto, éducation bien menée, recherche permanente d’informations scientifiques…) : nous avons le devoir de veiller à l’avenir de ces animaux que nous avons fait venir au monde, et de sélectionner les acheteurs. Oui, oui, sélectionner, je le dis bien. Un animal n’est pas un objet. On n’a pas droit à l’erreur, le refus de vente peut et doit se faire pour préserver son bien-être. Oui un éleveur qui se respecte doit savoir refuser une vente si les conditions de vie prévues ne sont pas adaptées (alpaga destiné à vivre seul de son espèce ou en couple, par exemple).

Bien sûr on peut se tromper. On peut être trompés. cela arrive et cela nous désespère quand ça arrive.

PIXEL de KerLA à l’arrivée dans son nouveau lieu de vie – oct 2020

Mais le plus souvent être un éleveur sérieux et rigoureux permet aussi bien de faire découvrir les alpagas à des particuliers qui débutent (avec une bonne information, les conseils adaptés et le suivi permanent), que d’apporter à d’autres éleveurs sérieux des reproducteurs qui permettront de promouvoir l’alpaga en France, et la production de laine, objectif premier de cet élevage  🙂

Ainsi le mois dernier mon beau Pixel, que j’ai eu tant de difficulté à me décider à vendre (mais son sang est trop présent dans mon cheptel) est allé rejoindre un bel élevage dans les Alpes Maritimes pour apporter sa bonne qualité de fibre grise.

Stages d’automne

Chaque week-end de ce début d’automne a été consacré à un stage de découverte des alpagas à KerLA, sur 1/2, 1 ou 2 journées selon les cas.

La grande nouveauté a été le stage ostéo du 3 octobre, organisé avec l’AFLA, brillamment préparé et animé par Frederik, vétérinaire-ostéo qui parvient à rendre limpides des notions complexes !

Notions théoriques, explications concrètes, manipulations sur les alpagas de l’élevage, enseignement de gestes simples à faire par le propriétaire ou l’éleveur… Une journée passionnante pour tous.

Une belle expérience à renouveler.

Et la co-star de cette journée a été ma petite Shamane, encore si fragile après sa naissance dramatique le dimanche précédent en plein milieu d’un stage avec 7 personnes…

Elle a bénéficié de toutes les attentions !

 

Nouvelles d’automne

L’automne 2020 est le reflet du reste de cette année bien tristounette : des hauts et des bas, de la joie et des larmes…

J’espérais en avoir fini avec les mise-bas difficiles, je pensais avoir déjà bien donné cette saison, mais le sort, lui, n’en avait pas terminé avec moi : il lui fallait s’acharner jusqu’au bout, peut-être pour me faire payer la bonne cuvée 2019…

SULTAN de KerLA, né le 7 septembre 2020

Les 3 dernières naissances, en septembre, devaient être une fête, avec l’arrivée de 3 crias du magnifique Snowmass Royal Starz…

Hélas, si j’ai bien eu un superbe mâle light fawn né de ma belle Looby Loo, et prénommé SULTAN, les deux autres naissances ont été dramatiques, avec deux problèmes rarissimes, totalement imprévisibles et éprouvants.

Le 4 septembre, ma Kokine donnait naissance à son 5e cria, une très belle petite femelle, portrait craché de maman, à la fibre exceptionnelle. Quelques secondes de joie seulement, parce que juste après la naissance j’ai réalisé, en inspectant la petite, qu’elle était née sans anus. Atrésie anale. En plus de 160 naissances sur l’élevage, je n’avais jamais eu une seule malformation d’aucune sorte. J’ai dû regarder plus de 10 fois avant d’accepter la réalité.

KOKINE avec sa petite SHANELLE, un bref moment de bonheur.

La petite Shanelle était un amour, vive et enjouée malgré son handicap. Elle excrétait ses fèces par une fistule dans le vagin, mais ce n’était pas viable. A 4 jours, mon super vétérinaire a accepté de tenter la chirurgie pour créer un anus et raccorder le rectum. L’opération a réussi… mais a duré longtemps, et hélas la petite Shanelle ne s’est jamais réveillée de l’anesthésie.

Je n’oublierai pas cette petite merveille. C’est vraiment trop injuste, pour moi, et pour Kokine qui a eu du mal à s’en remettre.

Et alors que je pensais en avoir terminé avec les problèmes, en cette saison où j’avais eu tout ce qui peut arriver avant, pendant et après une mise-bas, je ne me doutais pas de l’horreur qui m’attendait pour la dernière naissance de l’année… Qui NOUS attendait, devrais-je dire, parce qu’en plus il a fallu que cette naissance se passe un dimanche, au beau milieu d’un stage de 2 jours sur la découverte de l’élevage d’alpagas, avec 7 participants… qui ont pris de plein fouet l’aspect parfois éprouvant du métier d’éleveur, mais m’ont aussi donné un formidable coup de main dans ces moments terribles.

Lightfoot ALISA (alias PATIENCE)

La dernière à mettre bas, c’était ma douce et gentille ALISA (alias Patience), un amour d’alpaga âgée de seulement 13 ans, mais qui avait sans doute été exploitée comme tant d’autres par des éleveurs sans scrupules qui font saillir leurs jeunes femelles dès l’âge de 12 mois, réduisant leur espérance de vie… Patience, arrivée chez moi en 2017, m’avait donné des signes de fatigue pendant cette dernière gestation, et je lui avais promis la retraite après ce dernier cria… Hélas elle n’en profitera pas.

Le soir précédant la mise-bas, elle a refusé de manger sa ration et s’est mise à gémir régulièrement. En l’absence d’autre signe (notamment de position antalgique pour se coucher, et elle mangeait son foin calmement), j’ai pensé que cela annonçait une naissance imminente. Je me suis levée toutes les 2 heures pour aller la voir dans la nuit, mais pas d’autre signe que ces petits gémissements, qui ont disparu sur le matin quand je l’ai remise avec les autres femelles pour la mise-bas. Vers 11h le travail est devenu visible, elle a commencé à dilater, tout à fait normalement.

Comme le temps passait sans progrès, j’ai entrepris de la fouiller, et là, le moment glaçant que tous les éleveurs redoutent : un cria se présentant par le siège, en position ventrale. Je sentais bien la pointe des fesses, les deux jarrets, très bas dans le ventre. Et encore plus inquiétante, une masse visqueuse qui fuyait sous mes doigts derrière le col. J’ai pensé au placenta qui sortait en premier, ce qui arrive avec les présentations par le siège, pourtant la sensation était tout autre. Mais pas un instant je n’ai imaginé l’horrible réalité.

Il fallait décider très vite. La plupart du temps lors d’un siège les crias naissent sans vie, à cause du délai d’intervention (alors un dimanche, n’en parlons pas…). J’avais de l’aide autour de moi (les stagiaires, stupéfaits par la tournure prise par les événements). Et notamment Lise, une ostéo animalière… J’ai pris la décision de sortir le cria, d’aller chercher une patte après l’autre, la déplier, pendant que Lise repoussait le cria vers l’avant pour que je puisse manoeuvrer. Cela a pris un temps infini, je sentais qu’à l’intérieur il y avait quelque chose de totalement anormal, beaucoup de sang, mais je ne pouvais plus reculer.

Nous avons eu la chance de sortir un cria vivant. Oh, à peine vivant, il a fallu masser pour la ranimer, la suspendre longuement pour lui faire cracher le sang et les liquides inhalés. Plusieurs stagiaires se sont relayés pour s’en occuper, et la réchauffer avec serviettes et sèche-cheveux, pendant que je retournais m’occuper de Patience.

Ma pauvre Patience. Ce dont elle souffrait si stoïquement depuis la veille, c’était une éventration, causée in utero par les mouvements du cria. Sans doute, d’après le véto, dans un contexte de torsion utérine qui avait empêché le cria de se mettre en bonne position. Ses intestins s’étaient répandus dans la cavité utérine depuis la veille 🙁

Le vétérinaire de garde, secondé par plusieurs stagiaires qui se sont improvisés auxiliaires vétérinaires, a effectué une laparotomie pour recoudre le mésentère déchiré et la paroi utérine. Mais malgré le succès de l’opération la couleur violacée de certaines anses intestinales laissait peu d’espoir : entre péritonite avancée et choc opératoire, l’espoir était ténu pour ma courageuse Patience.

Et en effet Patience s’est éteinte le soir même, à 21h30, non sans s’être levée, avoir bu et être allée au contact de sa petite qu’elle a longuement sentie avant de partir brutalement après de brèves convulsions.

Garder en vie la petite de Patience, prénommée SHAMANE, a été un challenge pendant les 15 premiers jours : infection respiratoire et problèmes digestifs cumulés, elle a crashé le 5e jour et j’ai bien cru que c’était la fin. Mais avec l’aide de mon véto, le soutien et les conseils des amis, on a défié le sort, et on s’accroche : elle va s’en sortir la belle, pour mettre fin à cette spirale infernale ! On y croit !

 

 

Stages d’automne

Le printemps 2020 a été une période bien triste et compliquée pour tout le monde. Toutes les activités et formation prévues à KerLA ont été annulées ou reportées : quelques journées de stage ont pu avoir lieu cet été, les autres auront lieu (sauf nouvelles contraintes sanitaires) entre fin septembre et fin novembre.

Je suis très fière et heureuse de pouvoir vous proposer une grande première dans le monde de l’alpaga français : le samedi 3 octobre, une journée de découverte de l’ostéopathie pour alpagas avec le vétérinaire-ostéopathe qui suit l’élevage KerLA : Frederik Vandenberghe.

Organisée par l’AFLA, cette formation combinant théorie, cas concrets et ateliers pratiques permettra aux propriétaires et éleveurs de découvrir l’utilité de l’ostéopathie pour les alpagas, les test à faire pour déceler des problèmes courants, et les gestes à connaître.

Détails et fiche d’inscription sur le site de l’AFLA, vous y accédez en copiant ce lien : https://www.lamas-alpagas.org/2020/09/11/stages-octobre-2020/

Cette journée du 3 octobre peut être couplée, à coût d’inscription réduit (sous réserve d’un nombre suffisant de participants), avec la journée du dimanche 4 octobre qui invite propriétaire et éleveurs à approfondir leurs connaissances sur les petits camélidés et interroger leurs pratiques. Journée que je co-animerai avec Patricia Descours, de la Ferme aux Lamas dans le Doubs, présidente de l’AFLA (détails et fiche d’inscription sur le lien AFLA ci-dessus).

Les autres formations de l’automne sont présentées sur ces pages du site :

Merci et à bientôt 🙂

Mi-juillet/mi-août 2020 : des hauts et des bas

Le coeur de l’été 2020 s’inscrit dans la droite ligne du début de saison : une chaleur étouffante, pas une goutte d’eau (de début juin au 15 août, les rares orages sont passés à côté), des pâtures tellement grillées que les animaux n’ont même pas envie de mettre le nez dehors et passent quasiment 24h/24 dans les écuries à déguster le foin que je viens leur servir plusieurs fois par jour…

Côté élevage, les efforts pour sauver ma douce DARLING n’ont pas porté leurs fruits : malgré les traitements et toutes les tentatives de soins (acupuncture, mésothérapie, massages, utilisation d’un palan pour la lever régulièrement), ses pauvres pattes arrière n’ont pas retrouvé leur mobilité. La décision de la soulager de ses souffrances a été prise au 32e jour, elle s’est endormie en douceur. Adieu ma belle.Les naissances se sont poursuivies, avec un ratio mâles/femelles étonnamment en faveur des femelles (j’ai plutôt l’habitude d’avoir une majorité de mâles, au mieux un équilibre, mais jamais je n’ai eu une année avec une majorité de femelles… J’espère que les dernières naissances vont confirmer la tendance !).

SKIPPY, fils d’OXANE

Le seul petit mâle de la période a été le fils d’Oxane, SKIPPY, adorable cria tout noir né le 8 août, ainsi nommé car il adore sauter en l’air… Ben voyons, tout le monde se rappelle de Skippy le kangourou quand même, je ne suis pas si vieille que ça 🙁

Du côté des filles, une série de vraies beautés entre mi-juillet et mi-août, parmi lesquelles il va m’être terriblement difficile de décider qui vendre :

SELENE, au lendemain d’une naissance bien éprouvante.

Et par bonheur sur cette période une seule dystocie, pour la mise-bas d’HIRONDELLE, à l’horaire totalement inhabituel de 21h30 un samedi soir. La chance a voulu que je m’aperçoive presque par miracle que la belle était en travail (elle ne montrait absolument aucun signe dans son comportement !). Aucun nez ne pointait, pourtant la poche avait percé, le liquide amniotique s’égouttait : le cria était coincé à l’intérieur, bloqué en arrière du pelvis par son épaule gauche basculée en arrière et la patte allongée le long du corps… Après quelques minutes d’efforts, avec une Hirondelle très complaisante pour me laisser l’aider, la magnifique SELENE a vu le jour, en pleine forme !

Si je n’étais pas intervenue à ce moment-là, je n’ose penser au spectacle qui m’aurait attendue le lendemain matin au réveil 🙁   Ces alpagas mettent vraiment notre patience à rude épreuve.

Encore 4 crias à venir avant de souffler pour cette année… Mais déjà depuis juin l’année suivante se prépare et les saillies qui s’égrennent au fil de l’été annoncent de beaux crias pour 2021 🙂

Et même les crias participent aux festivités !

ONDINE et JJ … et SAMOURAI qui s’entraîne !

Joies et peines de juin

Juin et début juillet 2020 : naissances, coups durs, castrations, départs… Un condensé de la vie d’élevage, avec ses joies et ses peines.

Cette année le foin a été fait plus tôt que d’habitude : la météo exceptionnelle a permis de faire une superbe récolte dès la 3e semaine de mai (une première, car ici je n’avais pu faucher avant début juin). Mais les semaines suivantes n’ont pas été de tout repos pour autant !

Côté naissances, de bien belles arrivées :

– 3 superbes petites femelles (SABA la blanche tachetée, SATINE la suri marron et STIRWENN la boule de laine blanche)

 

– 4 petits mâles (SHERKHAN l’appaloosa et SANGHA le suri bicolore, nés exactement en même temps, SAMOURAI le gris-rose à la naissance très mouvementée, et l’adorable SIRIUS).

Mais aussi de grosses angoisses :

– une hémorragie post-partum pour ma douce PERLE, après la naissance difficile de son beau SHERKHAN (merci à mes vétos pour leur rapidité d’intervention et leur efficacité, et à Perle pour être aussi adorable et facile à soigner)

PERLE et son cria SHERKHAN

– une grosse dystocie pour ONDINE, la plus difficile que j’ai eue à gérer seule ! La mise-bas commençait bien, mais les pattes antérieures du cria étaient restées allongées le long du corps : aucun véto n’étant disponible rapidement, j’ai dû me résoudre à intervenir seule. Et le miracle a eu lieu : j’ai réussi à extraire le cria sans abîmer la mère, et à ranimer le petit SAMOURAI qui ne respirait plus à la sortie… Beaucoup d’émotion !

ONDINE et son cria SAMOURAI

Hélas aussi un autre moment très difficile : ma vieille DARLING, pour son dernier cria, a commencé en pleine nuit une expulsion par le siège. Avec une femelle plus jeune, le cria n’aurait pas pu sortir ainsi, en présentation arrière avec les pattes repliées sous lui, et une intervention humaine aurait permis de sortir le cria, mort certes, mais avec un minimum de dégâts pour la mère. Mais ma brave Darling a voulu assurer la naissance seule, et le cria est hélas resté bloqué à mi-corps. Jusqu’à mon arrivée elle s’est épuisée à essayer de l’expulser, et a subi des dégâts internes graves (ligaments étirés, hématome probablement, écrasement de la moelle épinière peut-être) qui l’ont laissée paralysée de l’arrière-train. Le vétérinaire-ostéo est venu plusieurs fois pour elle, mais seul le temps pourra dire si les dégâts sont irréparables… Depuis 15 jours elle vit couchée, sans pouvoir se lever, mais toujours alerte, elle mange et boit… Tant qu’elle ne capitule pas, je continue à y croire. Elle me dira quand il sera temps d’abandonner la lutte si elle ne parvient pas à retrouver l’usage de ses pattes pour profiter d’une retraite bien méritée  🙁

Pour finir sur une note plus heureuse, début juillet 4 jeunes mâles ont pris la route de la Normandie pour une nouvelle vie dans une jolie propriété  🙂

RADJAH, RÊVE, RELAX et REBELLE dans leur nouvelle demeure

 

Crias de mai

Et voilà, le mois de mai s’en est déjà allé, il a fait cadeau de 3 jolis crias à KerLA : 2 mâles (legris SAPHIR et le blanc SOYEUX) et 1 femelle blanche teintée de fawn, SYMPHONIE.

C’est compliqué d’exprimer le ressenti d’un éleveur passionné pendant cette saison des naissances : excitation et inquiétude mêlées, tension de l’attente qui peut être interminable (les gestations vont de 10 mois 1/2 à 13 mois !), interrogations sur le cria à venir et les choix de croisement faits (ce sont les ventes qui font vivre l’élevage, et la fourchette des prix est très large selon le sexe, la couleur et la qualité des animaux)…

Sans parler des réveils au petit matin pour vérifier que la femelle qui semblait mal à l’aise la veille au soir ne fait pas son cria à l’aube, des rendez-vous reportés à l’automne pour ne pas risquer de devoir s’absenter au mauvais moment, des fausses alertes, des coups de stress, des bouffées d’angoisse quand un problème surgit, des appels urgents au véto (rares, heureusement)…

Ces moments de stress, je viens de les vivre en force avec ma belle Nacarat (les photos qui suivent sont celles de la naissance de son cria Symphonie dimanche 31 mai) : mi-mai elle m’a fait une torsion utérine, avec des symptômes de gêne et de forte douleur qui ne trompaient pas… Le véto a réussi à réduire la torsion, mais les symptômes, bien qu’atténués, ont continué, la pauvre Nacarat était complètement déformée, se creusait, en oubliait de manger… Autant dire que j’attendais la mise-bas avec beaucoup d’anxiété et je craignais de gros soucis… Y compris le matin où le travail a commencé, elle était vraiment mal, malgré mon expérience des mise-bas je n’arrivais pas à cerner ce qui n’allait pas…

Et puis est arrivé ce moment fantastique, quand le bout du nez pointe, et puis le bout des deux pattes antérieures : à ce stade, en principe, tout s’annonce bien… Nouveau soupir de soulagement quand la petite bouche du bébé s’ouvre et que ses naseaux s’agitent. il respire, il est vivant (la crainte du mort-né est toujours présente, je ne l’ai vécu qu’une seule fois, c’est très dur)…

Ensuite, c’est la routine… Souvent j’aide la maman, par une légère traction à chaque contraction, pour faciliter la naissance. Et dès le cria expulsé, vérification anxieuse de son sexe, et de l’absence de défauts physiques… Et pour l’anecdote, ce cria de Nacarat était si gros que je m’étais mise en tête que c’était un mâle, je n’ai même pas pensé tout de suite à vérifier le sexe !

Puis les gestes de soins de routine, qui nous ramènent toujours à l’essentiel et au basique de la vie : mâle ou femelle, quelle que soit la couleur, il suffit à notre bonheur d’éleveur que le cria soit en bonne santé, qu’il se lève et tête rapidement, que la mère soit maternelle et ait du lait, bref, que tout se passe bien 🙂

Le nouveau cria est accueilli par le groupe

Première naissance 2020

La saison des naissances 2020 est lancée, avec l’arrivée d’un joli mâle gris prénommé SAPHIR, fils de PHANTASIA et CANTABRIA.

Une arrivée mouvementée, à seulement 10 mois 1/2 de gestation. La mise-bas a sans aucun doute été provoquée par la tonte, réalisée quelques heures plus tôt. Cela n’était jamais arrivé encore dans l’élevage que la tonte induise une mise-bas prématurée, mais c’est toujours un risque.

Quand je suis entrée dans l’écurie à 7h00 mardi matin, j’ai trouvé une mère en état de choc (la naissance a sans doute longue et difficile) et un cria très faible et en hypothermie, visiblement prématuré (oreilles molles, ligaments immatures aux genoux et aux pâturons, donc incapable de se tenir debout)…

Mardi était encore une journée de tonte avec Pascal le tondeur, mais par bonheur j’avais de l’aide pour la contention, si bien que j’ai pu consacrer le temps nécessaire au petit nouveau tout au long de la journée : traite de la mère pour donner le précieux colostrum au bébé, soins divers, visite du véto par précaution pour Phantasia tremblante comme une feuille, re-soins divers…

Finalement en soirée j’ai réussi à faire tenir le cria debout sous la mère et à le faire téter. Et progressivement il a pris de l’assurance. Le lendemain midi il réussissait à se lever seul et à téter seul. Pas longtemps, mais suffisamment pour lui donner l’énergie nécessaire pour se battre.

Et ma Phantasia, pourtant dotée d’un bon petit caractère, s’est révélée tout de suite une maman admirable, patiente et calme, me laissant faire absolument tous les soins nécessaires, à elle comme à son cria 🙂

 

Premières tontes 2020

Mon beau Panache, tout sage et tout calme, un bonheur ce loulou.

La chaleur inhabituelle de ce mois d’avril fait souffrir les alpagas 🙁

Comme, du fait du confinement, je n’aurai pas d’aide pour les deux jours de tonte prévus en mai avec le tondeur, la cadence sera moins rapide et nous ne pourrons pas faire tout le troupeau dans la temps imparti. J’ai donc décidé de prendre de l’avance en tondant quelques animaux moi-même.

Dans le cadre de l’entraide agricole, ma collègue Suzanne Coldham est venue me donner un précieux coup de main pour la contention, j’irai lui rendre la pareille ce week-end.

Un premier groupe de 17 alpagas est donc tondu, et savoure visiblement d’avoir été délesté de sa toison.

 

 

Cela me permet aussi d’affiner ma technique de tonte, et de prendre de l’expérience : les 1ers tondus cette année ont nettement moins bon aspect que les derniers passés sous ma tondeuse ! Mes excuses à Odin et Niaouli, premiers tondus, et cobayes pour me refaire la main  🙂

 

 

Nouvelles de mars…

En ce mois de mars 2020, c’est l’impression irréelle de vivre le scénario d’un mauvais film de science-fiction… Le monde quasi à l’arrêt, des millions de personnes confinées chez elles sur toute la planète, un virus incontrôlable, la « distanciation sociale » devenue une norme, et à l’inverse la vie sauvage et la nature qui retrouvent leur éclat. Aurait-on pu imaginer cela quand on se souhaitait distraitement les voeux de bonne année en janvier dernier ?

Situation inédite. Invraisemblable et indescriptible. Dramatique (surtout quand la santé est atteinte). Inquiétante pour tous (l’économie à l’arrêt, nous allons être nombreux à y laisser des plumes et peut-être à ne pas pouvoir nous relever). Fascinante aussi, car jamais le lendemain, proche comme lointain, n’a été ainsi remis en question…

Et si on pouvait entretenir l’espoir que quelque chose de positif naisse de cette crise ? Une prise de conscience globale de l’absurdité du fonctionnement de nos sociétés actuelles, et un rejet des engrenages d’un système mondialisé malade qui nous ont précipités dans cette crise ? On peut toujours rêver…

En attendant mes animaux me font garder les pieds sur terre, car au final le confinement ne modifie guère la vie quotidienne quand on est éleveur, je n’ai pas davantage de temps pour la télé (que je n’ai pas), les réseaux sociaux, ou toute autre activité « de confinement » véhiculée par le Web, ce réseau nourricier dont nous sommes tous devenus ultra-dépendants (en mal chronique d’une connexion stable sur ma ligne fatiguée au fond de ma campagne, je me trouve bien en peine, les jours sans, pour garder contact avec mes clients ou réaliser les taches administratives !).

REFLET de KerLA Education à la longe

Donc la vie de la ferme continue…

En mars, en plus du travail de nourrissage et de nettoyage quotidien, ce sont les sevrages qui se poursuivent, les jeunes qu’il faut éduquer au licol et à la marche en longe, l’ouverture de pâtures d’herbe nouvelle à tout ce petit monde, avec la vérification des clôtures, des barrières à fabriquer…

Début mars deux petits gars sont partis rejoindre leur nouvelle famille sur Lyon : ROMÉO et RAFT… Deux grands copains qui partent ensemble, le rêve pour un éleveur.

NIAOULI de KerLA

Les autres départs prévus aussi en mars, eux, se trouvent reportés à cause du confinement :

– mon étalon NIAOULI ne rejoindra finalement son nouveau lieu de vie (et de travail) dans l’Allier qu’après la reprise de la circulation. Il aura ainsi le plaisir de faire quelques saillies ici avant de partir 🙂

– les deux petites jeunes RÉBÉA et RAFALE, qui partent ensemble vers une nouvelle vie, attendront aussi la fin de crise pour rejoindre la Charente-Maritime.

 

Visites d’élevage, visites d’achat et stages resteront bien entendu suspendus aussi longtemps qu’il faudra.

Bon courage à tous pour traverser cette période difficile.

 

 

 

Toisons en microfilature

Envoi de 23kg de toisons à la microfilature de la Bardine (Gironde) cette semaine.

23kg de belles fibres blanches, grises et appaloosa groupées en 7 lots de qualité royal baby (16-18 microns) et baby (18-21 microns), et 1 lot en 22 microns !

Un 2e lot partira bientôt avec des toisons fauve et marron.

Sacré challenge pour faire rentrer des quantités pareilles dans un carton de 90cm x 50cm x 45cm (quasi les dimensions maximales de la Poste) ! Merci les sacs à vide d’air et l’aspirateur  🙂

Il m’est impossible de tout transformer manuellement à la ferme, et la demande de toisons brutes de qualité est encore faible, j’envoie donc une partie de mes toisons en microfilature tous les 2 ou 3 ans : la fibre est respectée (pas de produit chimique) et la traçabilité est totale, les animaux producteurs peuvent être identifiés sur le produit fini :

 

 

 

Départs de l’élevage

Les départs hivernaux continuent, toujours avec le même pincement au coeur pour l’éleveur…

Cette semaine c’est mon beau Prince Noir, 27 mois, qui a pris la route vers sa nouvelle maison, dans le Puy de Dôme, au Mont Dore. Avec son caractère en or et sa magnifique fibre noire brillante, longue, dense et très fine, il va faire un super reproducteur.

Ah s’il était possible de tous les garder, ces loulous ! Et plus encore ceux qui, comme Prince, nous marquent par leur caractère exceptionnel. J’ai beaucoup hésité à le garder ici, ce petit bonhomme, mais sa génétique côté maternel comme paternel est à la base de mon cheptel, ça n’avait pas de sens. En élevage il faut avancer, amener du sang nouveau pour diversifier les génétiques au sein du troupeau…

Reste un principe fondamental : s’assurer (autant que possible) que nos alpagas partent dans de bonnes maisons où ils vont être bien traités.

C’est pourquoi cela fait toujours très plaisir à un éleveur de recevoir des nouvelles et des photos des animaux vendus, même des années après. Surtout des années après !