A PROPOS… de mon métier d’éleveur

Réflexion sur mon métier d’éleveur de petits camélidés

Cette page est un ensemble de réflexions personnelles sur ma vision de ce métier d’éleveur, les soucis rencontrés mais aussi les satisfactions qui me poussent à continuer.

Je la remanie régulièrement, il n’y a aucun objectif didactique, n’y cherchez pas une méthode pour devenir éleveur, des recettes ou des réponses à vos propres situations 😉  Je veux juste témoigner de mon expérience à travers ce blog.

    Merci à tous ceux qui me lisent et qui me font des retours par messages très sympathiques et touchants, c’est toujours un grand bonheur de prendre connaissance de ces messages.

     En 2012, donc, je suis passée volontairement du confortable statut de fonctionnaire de l’Education nationale à celui beaucoup plus aléatoire d’éleveur professionnel de petits camélidés… Animaux quasi-inconnus de l’administration, sans statut agricole clair, sans case dédiée au niveau comptable, sans studbook, sans prophylaxie, sans règlementation adaptée pour protéger un minimum les éleveurs qui en font leur métier, avec les charges incompressibles d’une exploitation agricole et une TVA injuste qui bondit à 20% après seulement 2 ans d’installation… Bref, un grand saut dans l’inconnu !

      Je m’étais donné 5 ans pour voir si le projet était viable… J’en suis à ma 9e année d’élevage ! Pas facile tous les jours, je l’avoue, et je me pose régulièrement la question du bien-fondé de la poursuite de mon activité… Je n’ai pas pris une journée de vacances depuis mon installation, je me consacre 24h sur 24 à ma ferme, quasiment sans aide sauf quelques amis fidèles qui ne m’ont pas laissée tomber et des salariés ponctuels en TESA, j’assure seule tous les soins quotidiens et les manipulations des animaux, y compris vermifugation, injections, saillies, mise-bas (il n’y a que pour la tonte et pour faire les ongles que je sollicite de l’aide)… Je travaille ma laine à mes rares moments perdus, je passe des heures parfois la nuit sur Internet pour trouver sur les sites anglo-saxons des réponses à des questions vétérinaires, car les publications en français sont inexistantes…

    Mais pour le moment les satisfactions l’emportent sur les difficultés, j’adore ce que je fais, c’est un mode de vie tout autant, sinon plus, qu’un métier. Il faut se contenter de peu pour vivre, avoir une bonne résistance physique, bricoler suffisamment pour se dépatouiller des inévitables problèmes matériels quotidiens, savoir encaisser les coups durs et le stress intense sans craquer, être autonome et volontaire, ne pas avoir peur des journées de 18 heures parfois… Mais c’est tellement exaltant  😉

      Je me consacre à temps plein à mes animaux, leur élevage est ma seule source de revenus, avec les petits compléments apportés par la laine et les formations. Il ne m’est pas possible, seule, de diversifier mon activité pour apporter d’autres sources de revenus : c’est un travail à temps complet de gérer correctement une ferme en rénovation permanente et un troupeau de plus de 70 animaux !

      J’ai entre 20 et 30 naissances par an (je ne veux pas dépasser 30 car je veux pouvoir assurer au mieux le suivi des gestations et des crias, au-delà je serais totalement débordée et je ne pourrais pas faire mon travail correctement). Cela suppose l’entretien d’un groupe d’environ 35/40 femelles, parmi lesquelles certaines sont improductives mais restent ici parce que j’y suis attachée, et parce que c’est la beauté de cet élevage : il n’y a par bonheur pas de « réforme », comme on dit pudiquement dans les autres espèces animales (en un mot l’abattoir). On ne mange pas les alpagas en France, sinon d’ailleurs je n’en élèverais pas ! Donc les femelles infertiles et les femelles retraitées restent dans le troupeau, elles y ont d’ailleurs leur rôle en jouant les nounous pour les crias. Evidemment leur coût d’entretien est lissé sur les charges globales, et se retrouve imputé sur les prix de vente des animaux : donc quand vous achetez des alpagas, questionnez aussi l’éleveur sur son éthique par rapport à l’avenir de ses animaux et la gestion de ses retraités… Vous aurez des surprises… Pour baisser les coûts de revient certains n’ont pas d’état d’âme et se débarrassent de toute femelle improductive ou au premier souci… J’ai dans mon troupeau de femelles une handicapée (ma jolie Olympe, 4 ans seulement), une « monstruosité » atteinte d’une maladie auto-immune qui lui donne un physique éléphantesque (et que bien des éleveurs auraient euthanasiée depuis longtemps parce qu’elle n’est pas présentable aux visiteurs…), 3 retraités (2 femelles et 1 mâle), bientôt 2 autres…

     Faire naître une moyenne de 25 crias/an, cela suppose un grand nombre de saillies à gérer, énormément de temps est consacré à cela. Car je ne lâche pas un mâle dans le troupeau pendant 3 mois ! Les saillies se font une à une, en main, avec la présentation répétée de chaque femelle pendant plusieurs semaines pour s’assurer du succès de la gestation. J’ai une bonne douzaine de mâles différents, et j’entre régulièrement du sang nouveau pour permettre l’amélioration permanente de mon cheptel : tel mâle apportera à telle femelle la qualité qui lui manque… C’est là que le travail d’éleveur se différencie du travail de simple « producteur » qui marie deux alpagas juste parce qu’il a un mâle et une femelle sous la main… Il faut s’intéresser à la génétique, à la transmission du caractère et du modèle, faire des analyses de fibre, avoir une vision sur 5 ans des objectifs d’amélioration du troupeau, surtout quand on travaille avec des moyens financiers modestes, qui ne permettent pas d’acheter des reproducteurs de très haut niveau qui font gagner des années de travail (mais coûtent aussi très, très cher).

     La période des naissances s’étale sur pratiquement 6 mois de l’année, à cause de la variabilité du succès des saillies (parfois il faut recommencer au bout de 2 ou 3 mois, parce que la femelle a « coulé ») et l’élasticité de la durée des gestations : c’est une période d’attente et d’anxiété pendant laquelle je ne prends aucun rdv extérieur pour ne pas risque de manquer une naissance, je m’absente juste pour faire quelques courses rapides ! Quasiment un confinement 6 mois sur 12 !

     Et une fois les crias nés et en bonne santé, il faut en assurer un suivi attentif pendant 7 mois environ, jusqu’au sevrage, et ensuite les éduquer patiemment, sélectionner ceux qu’on veut garder et ceux qu’on propose à la vente (souvent à contrecoeur, mais il faut faire tourner l’activité, rentrer de l’argent pour payer les charges). Mais c’est là que le bât blesse : le marché parallèle des particuliers et des éleveurs amateurs bat son plein, on se retrouve face à des offres de vente à des prix ridicules, sur le Bon Coin notamment, sans respect de la règlementation, face à un public d’acheteurs souvent mal informé qui voit d’abord et avant tout le prix de vente…

     Deux alpagas du même sexe, du même âge et de la même couleur ne se vendront pas forcément au même prix, évidemment, leur qualité peut être très différente ! Un éleveur propose une fourchette de prix de vente variée, en fonction de la génétique des animaux, de leur âge, de leur fibre (qui ne correspond pas toujours aux attentes du croisement tenté), et aussi en fonction de ses choix d’élevage qui lui font parfois mettre en vente des jeunes et des adultes à des prix réduits… Mais il y a un prix plancher à admettre, un prix en-dessous duquel un éleveur ne peut descendre sous peine de vendre à perte. Qu’il soit de qualité supérieure ou de qualité loisir, chaque alpaga doit avoir été suivi, soigné, régulièrement manipulé, éduqué au licol, promené en longe, examiné par un vétérinaire à la vente, pucé, et enregistré, doit bénéficier d’un suivi après-vente permanent de la part de son vendeur…C’est un cout incompressible. Ou alors c’est que le travail d’éleveur n’a pas été fait correctement. Un éleveur qui vend sciemment à perte parce qu’il se rattrape sur d’autres sources de revenus, et se soucie juste de gagner le marché, ne mérite pas le nom d’éleveur, juste celui de producteur ou de maquignon.

     Et au fil des années de plus en plus d’éleveurs amateurs ou de particuliers produisent et vendent des alpagas pour arrondir leurs fins de mois. A cela il n’y aurait pas de mal si une garantie sanitaire et un minimum d’éducation des animaux étaient assurés, si les prix étaient raisonnés et les revenus déclarés comme il se doit (soyons francs, le monde de l’alpaga, c’est le règne du marché noir) !

     Hormis la concurrence économique rude et déloyale, cette situation a aussi une autre conséquence pénible : comme beaucoup d’éleveurs professionnels, je reçois plusieurs fois par semaine des appels à l’aide de personnes qui ont acheté ces alpagas à bas prix, et comptent tout naturellement sur l’aide d’un éleveur pro pour faire le service après-vente et résoudre leurs problèmes, leur vendeur ayant fermé la porte dès le règlement encaissé : gros soucis de santé, manque d’éducation, troubles du comportement (le problème le plus fréquent étant les mâles imprégnés, que les gens bradent, voire donnent, pour s’en débarrasser au plus vite)…

    J’ai fait ces dernières années le maximum pour répondre à ces demandes et aider, je donnais volontiers des infos, dans de longs échanges écrits, parfois d’ailleurs avec beaucoup d’amertume car cette aide, accordée pourtant à de purs inconnus, est le plus souvent considérée comme un dû qui ne mérite pas un simple merci !

     Et puis en décembre 2019 j’ai pris une belle claque qui a complètement modifié ma position face aux personnes qui me sollicitent pour leurs lamas ou alpagas… Je ne réponds désormais aux questions que par téléphone, et uniquement s’il y a urgence. Sinon j’invite les gens à contacter leur vendeur, ou se former sur un stage chez un éleveur. Terminées les longues réponses aux questions par mail ou Messenger (d’autant que souvent la plupart des réponses se trouvent sur mon site, je me permets donc dans ce cas d’envoyer le lien en retour).

    C’est  assez hallucinant de voir combien certaines personnes n’ont aucun scrupule à vous soumettre toute une liste de questions, et ne vous accordent même pas un simple merci quand vous leur répondez ! De temps en temps je craque et je réponds… et bingo, une fois sur deux c’est pareil… Exemple cette semaine (début juin 2020), ce monsieur qui me pose plein de question sur le matériel de tonte, auquel j’ai la faiblesse de répondre… J’attends toujours un simple petit merci… Je dois être vieux jeu et dépassée, ça ne se fait plus visiblement, c’est à l’image de notre société malade du « tout, tout de suite » et du « j’ai droit à »… Triste monde…

    Heureusement qu’il y a aussi des contacts formidables, des gens très positifs et respectueux du travail des autres, des clients fantastiques devenus des amis… Je reçois de très beaux messages de remerciement pour les informations que je donne sur mon site, de très beaux courriers de reconnaissance de mon travail d’éleveur, de la part d’inconnus qui reconnaissent et partagent ma passion de la nature et des animaux, et ça fait chaud au coeur ! Ce sont ces personnes chaleureuses et/ou reconnaissantes qui me donnent envie de continuer et de partager, ces inconnus aux écrit empathiques pour lesquels je transgresse sans souci ma règle de ne plus répondre par écrit…

    Merci mille fois à vous !

**

Récit de cette triste expérience mentionnée un peu plus haut, que j’essaie d’oublier, mais qui me revient à l’esprit chaque fois que me tombe sous les yeux la note des avis publics sur mon élevage, dégradée par la seule intervention de cette fille à laquelle j’ai pourtant consacré de longues explications écrites, et qui a menti effrontément dans son témoignage…

Une jeune dame d’Ille et Vilaine me contacte par Messenger à l’automne 2018 en me disant qu’elle souhaite acheter un alpaga mâle pour monter un petit élevage. Je réponds longuement à ses questions pendant 3 mois… et puis plus de nouvelles pendant plus d’un an, alors que j’avais fini mon dernier post par une question…

Jusqu’à début décembre 2019 où elle reprend contact en soirée pour me dire en un court message deux choses : qu’elle songe à acheter une femelle, et me demander ce que je donne à manger à mes alpagas en hiver… C’est tout ! Je n’ai pas pu lui répondre dans les 24h, alors elle me relance impoliment… Je lui fais remarquer (poliment) que je ne peux pas être à la disposition immédiate des gens qui me contactent, hormis le suivi de mes clients pour lequel je suis très réactive, d’autant que sa question sur l’alimentation ne réflètait aucun caractère d’urgence…

Malheur à moi, que n’avais-je pas écrit là !!!

Cette pauvre fille s’est jetée sur ma page d’élevage Facebook pour rédiger un avis détestable et mensonger, suivi d’une succession de posts avec de fausses accusations, comme avoir causé la mort de sa petite femelle alpaga par mon refus de la renseigner – femelle dont jamais elle n’avait jamais parlé, j’ignorais totalement qu’elle avait des alpagas puisqu’elle venait de m’écrire qu’elle songeait à acheter une femelle !!! 

Des amis et clients m’ont soutenue dans ce long échange public avec cette peste, j’étais à deux doigts de porter plainte pour diffamation, mais hélas le mal était fait, et bien sûr la politique de FB ne permet pas de faire enlever ce type d’avis totalement injustifié. Vous pouvez aller y jeter un oeil si le coeur vous en dit, ça vaut le coup…

 

Retour Elevage KerLA

 

 

 

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Adieu Maldoone

C’est toujours terriblement difficile de perdre un animal, et hélas en élevage, avec le grand nombre d’animaux présents, nous sommes inéluctablement confrontés à ces moments.

Samedi dernier, c’est mon vieux Lightfoot Maldoone, 18 ans, qui a tiré sa révérence. Ce fier mâle gris à la robe rare a été le pilier de mes débuts en élevage. Son départ, c’est une page qui se tourne…

Bien que ne « travaillant » plus depuis 2017, il était resté en super forme, jusqu’à cette saison 2020 où la canicule lui a donné un coup de vieux. Il avait maigri depuis l’été… Et puis ces derniers jours il s’est de plus en plus isolé du groupe, mangeant et buvant de moins en moins, passant ses journées couché, bien droit, calme, zen, le regard droit devant lui. Il ne se levait que pour changer de temps en temps de place, histoire de faire une dernière fois le tour de ce territoire qui était le sien. Il se préparait.

Et pour mourir il est allé se coucher, dans la nuit, à un endroit du parc que j’avais ouvert peu de temps auparavant et où jamais il n’était allé. Étrange.

Aucun des autres mâles du groupe n’a jamais contesté sa suprématie sur le territoire, malgré son âge : ces dernières années, je les voyais souvent se battre entre eux, mais jamais Maldoone n’était impliqué dans les bagarres, et pourtant il lui suffisait de s’approcher d’une mangeoire pour que les autres s’écartent, il se faisait respecter juste en élevant la tête !…

Samedi, ses 8 copains étaient perdus, comme moi. C’est en les voyant le matin, collés les uns contre les autres, près de la barrière, que j’ai compris. Ils m’ont suivie pas à pas à travers le champ à la recherche du corps de Maldoone, dans le brouillard, et quand je l’ai trouvé dans ce petit paddock annexe, tous sont restés respectueusement à distance, sans bouger.Mon Maldoone, je t’avais promis que tu finirais ta vie ici, j’espère qu’elle a été heureuse. Tu m’as laissé plein de descendants avec ta jolie couleur et tu leur as transmis la finesse si durable de ta fibre. Merci mon grand bonhomme.
💔💔💔

En cette année 2020 qui restera de triste mémoire, ce sont donc trois de mes « vieux » qui m’ont quittée : Maldonne, et avant lui mes deux femelles Darling et Patience, victimes de mise-bas dramatiques. 2020 est vraiment une année noire.

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