LE TRAVAIL DE LA LAINE

LA LAINE DES PETITS CAMÉLIDÉS  :

 

La laine d’ALPAGA est une fibre haut de gamme réputée : elle est très fine, plus douce et plus résistante que la laine de mouton, et surtout beaucoup plus chaude ! Elle ne contient pas de suint (ce qui la rend agréable à travailler) et elle est hypoallergénique, c’est-à-dire non-irritante (idéale pour les personnes qui ne supportent pas le contact prolongé de la laine de mouton).

La laine de LAMA est beaucoup moins connue, car la majorité des lamas européens sont des lamas dits “classiques“ à la fibre rustique sans intérêt pour la laine. Pourtant les lamas lainés donnent une laine de qualité remarquable, qui peut parfois être supérieure à celle d’un alpaga moyen.

Attention : la finesse, la densité, la structure et la longueur des fibres varient considérablement d’un animal à l’autre : toutes les laines d’alpaga ou de lama du marché sont loin de se valoir : un fil d’alpaga à 40 microns, bien rêche, et un autre en super royal baby à 16 microns, ultra doux, n’ont rien en commun et ne doivent pas se vendre au même prix. Plus une fibre est fine, plus elle est légère, et plus elle résulte d’un coûteux travail de sélection : le poids ne peut donc être l’unique critère de prix, d’autant plus que les fils peuvent être travaillés d’une multitude de façons, plus ou moins compliquées.

Le travail de l’éleveur est de choisir les croisements qui permettront d’obtenir une toison toujours plus fine, dense et uniforme, avec une durabilité de ces qualités au long de la vie de l’animal, pas seulement sur ses premières tontes.

Des analyses de fibre annuelles sont indispensables sur tous les animaux producteurs de fibre d’un élevage pour assurer le meilleur suivi.


Fibre alpaga

Fibre de Olympe de KerLA – alpaga huacaya grise – 2017

LES LAINES D’ALPAGA :

L’alpaga HUACAYA est le plus répandu : sa fibre pousse perpendiculaire au corps.

Elle doit être dense, fine, brillante, avec du crimp (belle ondulation naturelle  régulière), et le plus uniforme possible sur tout le corps. Elle doit comporter peu de poils de garde (longs poils plus épais).

Mèches alpaga suri

Mèches de ZINCALA, alpaga suri gris-rose – élevage KerLA – 2017

Chez l’alpaga SURI, la fibre forme des mèches bien distinctes qui prennent naissance au plus près de la peau et doivent être denses, fines et lustrées. Plus lisse et plus délicat à filer que le huacaya, le suri est une fibre d’exception, surnommée « la fibre des dieux » dans les Andes. Il est préférable de la peigner plutôt que de la carder pour bien la valoriser.

Les fibres HUACAYA et SURI peuvent être mélangées au cardage, pour un rendu étonnant au filage.

 

 

LES TEINTES :

Très souvent la laine d’alpaga disponible dans le commerce est de la laine blanche qui a été teinte. Pourtant il existe une palette de 22 teintes naturelles officielles chez l’alpaga !

Pour mon élevage j’ai sélectionné des alpagas de bonne origine à la fibre très fine et avec un large éventail de couleurs de toison afin de proposer des laines naturelles, non teintes.

 

LA TRANSFORMATION  DE LA FIBRE :

Beaucoup d’éleveurs français regroupent leur production pour l’expédier dans des filatures à l’étranger (Italie surtout) : ils récupèrent des pelotes ou des produits tricotés standardisés, à un prix qui leur permet de faire une bonne marge tout en vendant à prix bas… Mais leurs produits ne viennent pas de leurs propres toisons, il n’y a aucune traçabilité possible, et le traitement industriel ne préserve pas toutes les qualités de la fibre.

Et surtout les prix de vente pratiqués sont hélas beaucoup trop bas pour espérer valoriser correctement cette fibre exceptionnelle dans une filière française respectueuse des animaux et de la matière !  Quand un éleveur qui produit des toisons de grande qualité avec des animaux de haute valeur génétique brade ses pelotes de 50g à 7€TTC, quel que soit le lieu de transformation de sa fibre (et à ce prix là ce n’est pas une micro-filature !), il casse le marché et dévalorise sa propre production, mais aussi celle des autres éleveurs qui cherchent à vivre de l’activité lainière. Idem quand un éleveur se débarrasse de ses bonnes toisons à 10 ou 15€ du kilo parce que la laine n’est pour lui qu’un produit annexe… C’est incompréhensible. D’autant que ces mêmes éleveurs cherchent ensuite à convaincre le public d’investir dans l’achat d’alpagas de grand prix « parce qu’ils produisent une laine de luxe » 🙁

Ces prix de vente très bas induisent dans le public l’idée que l’alpaga n’est pas une fibre coûteuse (à la différence du mohair où le respect de la matière par les éleveurs qui la produisent a permis une valorisation réelle de la fibre, avec des prix qui correspondent au coût de revient et au travail).

Les micro-filatures artisanales qui se sont développées en Europe (il y en a deux en France) permettent de transformer les fibres toison par toison, et donc garantissent aux éleveurs soucieux de traçabilité de récupérer leur propre production et de pouvoir identifier les animaux producteurs de leur fil. De plus ces filatures travaillent sans traitement chimique et avec des contraintes mécaniques faibles : l’intégrité de la fibre et respectée et donc la durabilité des laines beaucoup plus grande que dans la transformation industrielle. MAIS évidemment les coûts de transformation sont beaucoup plus élevés !

Une association qui a vu le jour en 2018, ARSEN, a entrepris de lancer une filière laine d’alpaga 100% française : les adhérents se réunissent une fois par an pour trier leurs toisons, les classer par couleurs et par catégorie, et la transformation est assurée dans une filature alsacienne. Le tout pour un coût nettement inférieur à celui d’une micro-filature. Certes l’éleveur ne récupère pas sa propre fibre, mais il reçoit de la laine d’une qualité équivalente, ce qui n’est pas le cas avec le filage à l’étranger. Outre la naissance bienvenue d’une filière française, cette initiative va certainement inciter davantage les éleveurs qui produisent pour la laine à améliorer la qualité de leurs toisons.

Pour ma part je ne souhaite travailler et vendre que mes propres fibres, et de manière artisanale : j’en envoie une partie en micro-filature française, mais j’essaie désormais d’écouler l’essentiel de ma production sous forme de fibres brutes, triées, cardées, ou filées à la main.

Je vous invite à découvrir les étapes du travail de la laine, du tri de la toison à la pelote, dans les pages ci-dessous :